L'austérité est un échec

La réalité sociale et économique du Québec est bien différente de celles de l’Espagne, du Portugal ou de la Grèce au moment où des politiques d’austérité y ont été imposées.

Toutefois, si une comparaison simpliste entre le Québec et l’Europe n’est pas souhaitable, les leçons à tirer de ces expériences internationales sont instructives.

Des échecs brutaux

En Europe, le bilan des plans successifs d’austérité est limpide. Selon les économistes du Fonds monétaire international (FMI), les experts ont systématiquement sous-estimé l’impact négatif des politiques d’austérité imposées à un ensemble de 26 pays européens ces dernières années.

Olivier Blanchard et Daniel Leigh du FMI ont découvert que le modèle mathématique sur lequel s’appuyaient ces politiques visant un désendettement radical comportait une erreur sur le plan du multiplicateur fiscal. Ce modèle mathématique prévoyait qu’en retranchant un euro dans un budget, il manquerait un euro dans le pays concerné. Or, c’est faux. Cette austérité a déclenché des réactions collectives qui ont fait en sorte que cet euro retiré a provoqué la perte de trois euros dans les sociétés concernées.

Les conclusions de l’étude de Blanchard et Leigh restent valides même en excluant de l’examen les pays comme la Grèce ou le Portugal, où les cures d’austérité ont été les plus musclées.

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La Grèce

Parmi les mesures d’austérité :

  • Hausse des taxes et des impôts;
  • Gel des embauches dans la fonction publique;
  • Relèvement de l’âge de départ légal à la retraite;
  • Gel total du salaire des fonctionnaires;
  • Durcissement des critères pour les allocations sociales et de chômage;
  • Non-remplacement de certains fonctionnaires, par attrition;
  • Privatisations : ports, aéroports, poste, etc.;
  • Baisse des conditions de travail.

 

Les conséquences :

  • Une augmentation de la dette publique (de 125 % du PIB en 2009 à 175 % en 2014);
  • Une économie décroissante (-8 % de 2011 à 2013);
  • Un taux chômage doublé (28 % en 2013).

 

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Portugal

Parmi les mesures d’austérité :

  • Gel et diminutions de salaire (en moyenne de 1,6 %);
  • Pensions amputées par des taxes dites de « contribution de solidarité »;
  • Licenciements à tour de bras, notamment dans les services publics sous le fallacieux prétexte qu’ils ne seraient pas rentables;
  • Privatisation de la compagnie aérienne TAP, de la poste, des chantiers navals, de l’électricité, entre autres.

Les conséquences :

  • Près de 2 millions de personnes (sur une population totale de 10,5 millions) vivent en dessous ou au seuil de la pauvreté, pourtant extrêmement bas (420 euros mensuels);
  • Alors que le chômage était de 8,5 % en 2008, en 2013, il avoisinait les 17 % et il était de 35 % chez les jeunes;
  • Le budget pour l’exercice 2014 est une nouvelle guerre contre les fonctionnaires, qui verront leur salaire baisser de 2,5 % à 12 % ainsi que leurs effectifs;
  • Baisse du PIB de 6,9 % entre 2011 et 2013.
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Espagne

Parmi les mesures d’austérité :

  • Plans de rigueur qui visaient à économiser 150 milliards d’euros en trois ans;
  • Augmentation de la TVA de 16 à 18 %;
  • Gel et baisse des salaires des fonctionnaires de 5 %;
  • Gel des retraites;
  • Augmentation de l’âge légal de départ à la retraite de 65 à 67 ans et passage de 35 à 37 ans pour avoir la retraite à taux plein;
  • Investissement public diminué de 6 045 milliards d’euros;
  • Suppression des allocations pour les chômeurs de longue durée;
  • Réduction des lits d’hôpitaux d’environ 25 %;
  • Privatisation du contrôle aérien de 17 aéroports;
  • Création d’un nouveau contrat d’apprentissage;
  • Suspensions des conventions collectives (salaire modifiable unilatéralement par les patrons);
  • Possibilité de licencier un salarié sans avoir d’indemnité à verser;
  • Interdiction aux chômeurs de quitter l’Espagne sous peine de se voir suspendre leur allocation;

 Les conséquences :

  • Taux de chômage record, soit 27 % de la population active ou 6,2 millions de travailleuses et de travailleurs, en 2013;
  • Taux de chômage chez les jeunes de 57 %;
  • Trois millions d’Espagnols vivent désormais dans une pauvreté extrême et dix millions dans une pauvreté relative, soit avec moins de 60 % du revenu moyen;
  • Baisse du PIB de 5,4 % entre 2011 et 2013.