Un reportage de Sophie Chartier publié dans Perspectives CSN

À l’heure où des décisions majeures relatives au pétrole doivent se prendre au Québec, les groupes environnementaux sont maintenus dans un climat de crainte quant à leur financement. Depuis des mois, cette situation les empêche de remplir dûment leur mission.

Les groupes écologistes sont les parents pauvres du secteur communautaire. Pendant environ 11 mois, ils ont lutté pour tenter de savoir si les programmes de financement qui les concernent seront renouvelés. Le Programme de soutien à la mission des organismes nationaux, qui finance six groupes environnementaux, ainsi que le Programme de transfert des crédits ministériels aux organismes de défense collective des droits en environnement, étaient en veilleuse depuis avril 2014, en raison de la Commission de révision permanente des programmes. Le budget Leitão 2014-2015, qui vise l’équilibre budgétaire à tout prix, tente d’économiser partout.

« L’environnement en fait les frais… on met une énorme pression sur les ressources naturelles », déplore Bruno Massé, coordonnateur général au Réseau québécois des groupes écologistes, qui est de ceux qui ont livré ardemment bataille auprès du ministère de l’Environnement au cours des derniers mois. Au moment de mettre sous presse, les organismes nationaux concernés avaient été avisés informellement d’une reconduction partielle de leur financement. Pour Bruno Massé, il s’agit d’une autre preuve du manque de reconnaissance du secteur environnemental. « On nous demande constamment d’arriver avec des solutions concrètes, plaide-t-il. Mais c’est très difficile d’être proactif lorsqu’on ne fait qu’éteindre des feux ! »

Situation intenable

Pour les organismes qui œuvrent sur le terrain, l’attente, la multiplication des démarches et l’incertitude ont contribué à miner grandement le moral des troupes. « La situation est extrêmement stressante, affirmait le jeune coordonnateur, avant de connaître la réponse du gouvernement. Certains groupes arrivent à poursuivre leurs activités grâce à des marges de crédit, ou à une grande résilience. Mais plusieurs devront repenser de fond en comble leur structure de financement. »

L’organisme de récupération de vélos Cyclo Nord-Sud, qui répare des bicyclettes et les expédie dans des communautés défavorisées du Sud, était l’un de ces organismes qui a tenté, pendant ces longs mois de noirceur, de continuer d’avancer. Pour Glenn Rubenstein, coordonnateur au développement international chez Cyclo Nord-Sud, l’attitude du gouvernement est absurde. « Nous recevons 40 000 $ par an grâce au programme de soutien à la mission, explique-t-il. C’est cet argent qui nous permet de faire des collectes de fonds pour récolter le reste de notre financement. Je ne comprends pas qu’on remette en cause ce soutien. On fait un travail de récupération de déchets, une tâche qui revient normalement à l’État. Si on ne reçoit pas cet argent, il devra tout de même être dépensé pour que les vieux vélos, donc des déchets, soient récupérés… On “pellette le problème en avant” ! »

Pendant les mois d’attente, le personnel de Cyclo Nord-Sud a dû éliminer un poste, tout juste créé. « Ne sachant pas si notre financement allait être reconduit, on a laissé aller un septième employé qu’on avait engagé juste quelques mois auparavant. »

Marcher sur des œufs

D’autres organismes, qui se trouvaient plus ou moins dans la même situation que Cyclo Nord-Sud, ont aussi témoigné de leur irritation à l’égard de la situation. Mais, après les mois de bataille et de mobilisation, l’heure est à la réconciliation pour plusieurs. On ne veut pas trop parler contre le gouvernement, de peur de retomber dans les tensions. Quelques personnes ont demandé à Perspectives de ne pas citer leur nom.